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Money, it’s a gas
Grab that cash with both hands and make a stash
New car, caviar, four star daydream
Think I’ll buy me a football team
Le fric c’est le pied
Ramasse le pognon des deux mains et planque-le
Nouvelle voiture, caviar, rêve quatre étoiles
Je crois que je vais m’acheter une équipe de foot
(Pink Floyd – Money)
Assis en caleçon sur le rebord de mon lit, j’écoutais Eddie Pope déblatérer une histoire d’Egyptiens revenus du futur pour construire les Pyramides afin de développer le tourisme dans leur pays. Je ne comprenais pas un traître mot à toute cette histoire. Eddie Pope, voyant bien que j’étais dans le cirage, repartit chez lui et revint une heure plus tard avec une mallette. Entre temps je pris une douche, avala un petit déjeuner et tenta de me remémorer avec précision tout mon emploi du temps des derniers jours. Il y avait quelques zones d’ombre qui d’ordinaire étaient remplies d’alcool de drogues et de filles. Mais au milieu de tout ceci je ne voyais comment s’imbriquait Eddie Pope. Il posa sa mallette sur la table du salon et en retira quelques feuillets à l’en-tête de Gang Bang Records. J’avais établi et signé un contrat avec Eddie Pope stipulant que la maison de disque, MA maison de disques avait embauché Eddie Pope afin que ce dernier écrive et réalise un film avec votre serviteur. Jeunes gens, ne signez jamais rien sous l'influence de quelque substance que ce soit. Ni sous le charme d'une femme mais c'est un autre problème. J'avais beau lui expliqué que ce contrat était la conséquence d'une soirée de débauche trop importante, Eddie était trop heureux de pouvoir réaliser un long métrage, il n'en avait rien à foutre. L'avocat de Gang Bang Records alla dans le sens de Pope. Soit je donnais un million de dollars et je renvoyais Pope d'où il venait, soit je lui filais ce putain de million, j'en prenais un également, j'écrivais ce foutu film avec lui, on se démerdait pour trouver un financement et on le faisait pour de bon. J'ai penché pour la deuxième solution. Au début je voulais le faire sérieusement ce film, genre on s'assoit autour d'une table avec du café et de l'eau, un ordinateur et on y va. Au bout de trois jours voyant que ça n'avançait pas des masses, on a acheté du whisky des pétards et de la coke. Quinze jours après le film était écrit. Finalement on a abandonné l'idée des Egyptiens construisant des Pyramides. Nous sommes partis sur une histoire d'avion qui remonte le temps pour créer une civilisation utopique. Je vous l'accorde c'est un peu n'importe quoi mais je défie quiconque de ne pas sortir indemne d'un isolement de quinze jours avec Eddie Pope et de la drogue. Ce type est définitivement cinglé, mais quand on voit ce qu'il rapporte encore aujourd'hui au box-office on lui pardonne aisément.
Je pensais que le plus dur était derrière nous avec la fin de l'écriture de Seconde Chance. Mais l'art ne se borne pas à la création, il y a tout le côté commercial qui en découle. Que serait devenue la Joconde si François Ier n'avait pas acheté le célèbre tableau, ou le plafond de la Chapelle Sixtine si Michel Ange n'avait pas signé un contrat avec le Pape Jules II ? Loin de moi l'idée de comparer Seconde Chance à ces deux chefs d’œuvre, mais sans financement il nous aurait été impossible de réaliser ce film. La Baronne Adams et son réseau de financiers ayant cessé toute collaboration avec Gang Bang Records l'artiste dut se transformer en commerçant pour vendre son œuvre. Si Jimi Simpson et Gang Bang étaient économiquement très intéressants sur le plan musical, il en était tout autre au niveau cinématographique. Les clips illustrant nos chansons n'avaient rien de bien convaincant pour les décideurs d'Hollywood. Remarquez bien qu'il fallait les comprendre. Après plusieurs rendez-vous auprès des grandes sociétés de productions cinématographiques il apparût que ce film ne se ferait pas à Hollywood. Gang Bang Records allait devoir supporter entièrement les coûts de production et par conséquent ramasser seul les bénéfices. Si bénéfices il y avait évidement. La vidéo du concert au Madison Square Garden fut alors commercialisée au printemps 1993 pour engranger de l’argent. Succès immédiat des deux cotés de l’Atlantique. Il faut dire que je n’avais pas ménagé ma peine pour la promotion de cette VHS. J’ai fait le tour de tous les shows télé qui comptaient aux Etats Unis et en Europe, parfois quand nous arrivions à être réunis tous ensemble nous étions invités à la radio. Richard Branson himself, pas rancunier et trop heureux de pouvoir vendre notre vidéo dans ses magasins, nous reçut dans le Virgin Megastore à Manchester pour le lancement de Virgin Radio. Gang Bang Records put alors dégager une somme de dix millions de dollars pour produire Seconde Chance.
Le tournage se déroula en Irlande au cours de l’été suivant et dura cinq semaines dans un bordel indescriptible. Eddy Pope complètement shooté aux amphétamines avait une idée à la minute et ses instructions variaient au gré de ses humeurs. Je ne sais pas par quel miracle ce film a pu se terminer. Plusieurs acteurs tombèrent malades, le climat très humide (l’été irlandais est un concept très … liquide) et la fatigue due aux cadences infernales imposées par un réalisateur plus dopé qu’une équipe entière de foot américain eurent raison de la santé physique et mentale d’une bonne partie de la troupe bossant sur ce film. Je passais de temps en temps sur le tournage pour voir comment le projet avançait et pour soutenir le moral des troupes. Et surtout pour Moon. Moon avait un pédigrée en or. D’abord c’était son vrai prénom car c’était la fille d’une GTO. Les GTO’s (Girls Together Outrageously), étaient des groupies américaines de la fin des années soixante qui vivaient dans le sillage des rocks stars de l’époque, elles ont même sorti un album avec l’aide de Franck Zappa. La plus célèbre d’entre elles est Pamela Des Barres, elle a raconté toute cette époque dans son autobiographie I’m With The Band. Moon a sauté sur les genoux de Jim Morrison et a été élevée dans cette mouvance un peu hippie bohème et rock’n’roll. Elle avait suivie les traces de sa mère, et les chiens ne faisant pas des chats, Moon était l’une des groupies les plus réputées dans le monde du show business. Son signe distinctif ? Moon portait toujours un chapeau, vraiment en toutes circonstances. Que ce soit pour manger, dormir, baiser, chanter, voyager, danser, se baigner, ses longs cheveux blonds étaient constamment surplombés d’un chapeau, il n’y avait que sous la douche qu’elle était tête nue. Sa collection de couvre-chefs est d’ailleurs aujourd’hui incroyable, Elton John et feue sa collection de chaussures peuvent aller se rhabiller. A vrai dire je l’avais prise pour un petit rôle dans le film sur les conseils de Dave Gahan, chanteur de Depeche Mode, qui m’avait vanté ses talents lorsque je l’avais croisé sur un plateau de télé. « Tu ne connais pas Moon ? Mon pote si tu t’es pas tapée Moon t’es pas une vraie rock star » m’avait-il dit en se marrant. J’avais vaguement entendu parler d’elle auparavant mais ça ne m’avait pas marqué jusque là. Il faut dire que j’avais largement ma dose de groupie pour me satisfaire, mais Gahan m’avait tellement dit du bien de cette nana qu’il fallait absolument que je la rencontre (et donc que je la saute). Après avoir passé des dizaines de coups de fils un peu partout j’ai réussi enfin à joindre Moon. Je la retrouvais à Los Angeles pour, officiellement, lui proposer un rôle dans le film que Gang Bang Records allait produire. Évidement ce choix était purement artistique et je m’étais basé sur les quelques figurations que Moon avait effectuées dans les deux ou trois clips dans lesquels elle apparaissait. Comme si le fait de l’avoir vu se trémousser pouvait me donner une idée de ses talents de comédienne. Pathétique. Moon était une groupie certes, mais loin d’être une idiote. Elle n’a pas cru une seconde à tout mon baratin, néanmoins le courant passait bien, on avait le même âge, j’étais le chanteur d’un groupe de rock très connu et même si Gang Bang n’était plus dans le circuit depuis deux ans, je faisais partie des gens susceptibles d’intéresser Moon. Nous nous ne revîmes plusieurs soirs à Los Angeles, sans que cela ne se terminât jamais par une partie de jambes en l’air et une certaine amitié s’installa entre nous.
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