Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 15:21

     Nous rêvions de nous envoler vers le Vieux Continent, mais Cobi Jones nous en empêcha. Les Etats-Unis ne parlaient plus que de nous et des Guns & Roses qui venaient de sortir leur double album Use Your Illusion I & II. Les médias avaient déclaré la guerre entre les Guns et Gang Bang. Bien qu’en Europe tout le monde savait désormais que nous n’étions pas un groupe anglais, les Américains nous considéraient comme tels. Rien de mieux pour vendre du papier que de monter une opposition entre deux groupes. La Guerre Froide étant finie et Saddam renvoyé dans ses vingt deux mètres il fallait de nouveau trouver un adversaire à l’Amérique. Comble de l’ironie c’est tombé sur nous, alors que quelques mois auparavant nous étions mis en avant pour notre soutien aux soldats américains. Enfin bon j’exagère quand même, nous n’étions pas devenus honnis aux States, c’est juste que Axl Rose avec son bandana sur le front était celui qui pouvait empêcher des Anglais de régner les charts. Que ce même Axl Rose se baladât sur scène en kilt ne leur posait aucun souci. Ah les grandes joies des paradoxes de l’être humain. Sur MTV nos fans respectifs s’écharpaient pour dire que leur groupe était meilleur que l’autre, nos clips passaient en rotation ultra lourde du matin au soir. Les Guns avaient un avantage certain sur nous : deux nouveaux disques dans les bacs. Le problème était que nous n’avions pas de nouvel album en préparation, pas même d’ébauches de  nouvelles chansons. Nous avions déjà sorti un album live et il nous paraissait inconcevable de tenter le coup du Greatest Hits après deux disques studio seulement. La marge de manœuvre était mince mais quand une porte est entrouverte ça veut dire qu’elle est grande ouverte. Nous avions une image underground et rebelle non ? Alors il fallait aller dans ce sens là et par ici la monnaie. Le plan établi par Cobi Jones était d’une simplicité et d’un machiavélisme à toute épreuve.

     Première phase de l’organisation : monter un concert au CBGB’s. Ce très célèbre club new-yorkais était le temple du rock underground, c’est là qu’ont joué les Ramones, les New York Dolls, Blondie et j’en passe. Underground certes mais à 150 dollars le ticket d’entrée pour les happy few qui ont eu la chance de voir Gang Bang sur scène ce soir là. On a fait le boulot. Tellement bien que ce concert eut une répercussion énorme dans tout le pays. Je portais une chemise noire et un jean blanc. Au moment de reprendre Sometime It Snows In April de Prince, je voulais remettre ma chemise dans mon futale. Je me déboutonne et pas de bol je n’avais rien en dessous. Ça n’a pas loupé, le lendemain ma bite était dans le journal. Scandalous ! Outrageous ! Pendants une semaine tous les médias se sont relayés en surenchérissant à chaque fois pour qualifier mon geste. Cobi Jones avait beau juré ses grands dieux que ce geste n’était pas prémédité, qu’il présentait ses excuses au nom du groupe, rien n’y faisait. D’ailleurs au bout de vingt quatre heures, je lui intimais l’ordre de ne plus répondre à la presse. A quoi bon, puisque de toutes façons j’étais coupable d’avoir choqué l’Amérique parce que j’avais oublié de mettre un slip, que quelques dizaines de personnes n’avaient rien raté du spectacle, qu’un type avait pris la photo de mon petit oiseau à l’air et que tous les journaux ne parlaient que de ça. Quelle attitude puérile non ? Remarquez bien que là bas si dans un film on tranche un sein, le film sera interdit au moins de douze ans, alors que si on embrasse ce même sein, le même film sera interdit au moins de dix huit ans. Mais ne comptez pas sur moi pour me trancher le bout ! Voilà comment ce concert fit polémique, ce qui commercialement est toujours bon pour un groupe de rock.

     Deuxième phase et c’est là que ça nous a rapporté du pognon. Le concert au CBGB’s fut intégralement enregistré en prenant soin de ne pas avoir une trop grande qualité de son. Quel intérêt vous allez me demander ? Elémentaire mon cher Watson. Quelques semaines plus tard des enregistrements « pirates » du concert apparurent sur le marché. La couverture était toute rouge avec juste une inscription en haut à droite. GB at CBGB’s. La rumeur évoquant l’existence de cet enregistrement parcourut d’abord tout le pays puis ensuite traversa l’Atlantique. Nous sommes d’abord passés par des disquaires indépendants et des petits dealers à la sauvette pour diffuser ce disque pirate. Forcément comme GB at CBGB’s était un disque supposé pirate il n’en avait que plus de valeur et donc se négociait au prix fort, environ trois fois le prix normal pour un disque. Rolling Stone fit la critique du disque, l’encensa et du coup la demande devint croissante. Tout le monde voulait ce « red album » parce qu’il était une sorte de témoin sonore de cette affaire d’exhibition pénienne. Ce qui a autant d’intérêt que de photographier un lit dans lequel aurait baisé… je ne sais pas moi… JFK et Marylin. Je veux dire ce n’est pas parce que vous écouterez ce disque que vous me verrez à poil juste au début de Sometimes It Snows in April, d’autant plus que cette chanson n’est même pas sur l’album. Enfin passons, nous augmentâmes donc progressivement la production sans changer de moyen de distribution. Bien évidement Gang Bang Records ne communiquait en aucune sorte sur ce disque. Quand en interview un journaliste abordait ce sujet je bottais en touche : «  C’est le rock’n’roll mec, il y a toujours eu des disques pirates, tu ne peux pas empêcher un mec de t’enregistrer, il fait noir dans la salle, on ne peut pas tout contrôler, bla bla bla bla… ».  Par contre en Europe et dans le reste du monde la stratégie commerciale fut différente. Pas de publicité non plus mais le « red album »  se retrouva directement dans les bacs au rayon Import des grandes enseignes.  Et voilà comment on a vendu dans le monde au cours de l’année qui a suivi la sortie de GB at CBGB’s dix millions de copies d’un album finalement pas très différent du précédent, Live and Alive. Pendant longtemps Gang Bang détint le record du disque pirate le plus vendu jusqu’à ce que la vérité éclatât en 1995, par le biais d’une fuite savamment orchestré par Gang Bang Records, ce qui nous permit ensuite de le diffuser plus largement et donc d’en vendre encore davantage. Gang Bang venait de franchir une étape avec succès. Nous étions surs désormais d’être commercialement très rentable sans avoir besoin de publicité. Les perspectives de faire du fric devenaient super intéressantes mais il allait falloir penser à mieux nous vendre. Et oui le marketing du futur album devenait aussi important que sa conception. Bienvenue dans l’industrie du disque. Nous n’étions plus des artistes mais des commerçants. Gang Bang devenait d’abord une pompe à fric.

     Finalement les poches pleines de dollars je décidais de revenir m’installer à New York. J’étais le seul à refranchir l’océan dans l’autre sens. Jude rentra dans son manoir anglais, Paul retourna près de Paris, John décida de passer du (bon) temps en Scandinavie et Michèle partit au Japon pour quelques mois. J’achetais un appartement à Soho, sans doute inconsciemment pour me la jouer artiste bohème mais surtout pour être présent auprès des médias américains. Je pensais qu’il était temps de s’afficher aux States pour me rendre encore plus désirable sur le marché européen. Mais finalement je m’emmerdais assez vite à New York et ce qui me plaisait beaucoup au début, être une rock star, commençait à me gonfler de plus en plus. Avoir du monde toujours en bas de chez moi, que ce soit une dizaine de fans ou deux trois paparazzis, ne pas pouvoir me balader tranquillement dans cette ville - songez qu’en vivant un an là bas je n’ai même pas pu aller à la Statue de la Liberté, j’ai du faire deux footings à Central Park, parce que oui il m’arrivait d’avoir envie de courir de temps en temps, tout ça m’exaspérait. Alors certes j’ai côtoyé (parfois de très près) quelques célébrités, participé à des pinces fesses en ville, assisté à toutes les grandes premières de Broadway, sauté des dizaines de poulettes (a partir de vingt ça fait des dizaines non ?) mais je me sentais vide, minuscule et pas à ma place dans cette ville immense. J’avais besoin de faire quelque chose, pour me sentir vivant il fallait que je me lance dans des projets. Par chance au cours d’une soirée organisée pour je ne sais qu’elle occasion, sans doute le lancement d’un nouveau produit, je rencontrais Eddie Pope. On a très vite sympathisé, ce type là avait été nominé aux Oscars pour son court métrage Them dans lequel un mec se faisait éconduire par des nanas ou une histoire de poulpe tueur dans le lac Michigan, je ne comprenais pas très bien. Sympa mais complètement barré le Pope. On s’est revu deux ou trois fois, on a picolé pas mal à chaque fois. Un matin, le téléphone sonna, j’avais l’impression qu’un marteau piqueur m’explosait le crane. J’ai décroché et j’ai entendu : « Hé mec c’est Eddie, je suis chez toi dans quinze minutes, on va pouvoir s’y mettre ». Mais de quoi parlait-il ? Déjà j’étais ravi d’avoir entendu s’y mettre et pas se mettre, j’ai toujours eu des doutes sur la sexualité de ce jeune homme.  Qu’avais-je donc décidé de faire avec cet Eddie Pope ?

Publié dans : Chapitre 10 - Communauté : Les mots dans tous leurs états
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Derniers Commentaires

  • 01/07/2008 10:30:14
    5.3
  • 17/06/2008 06:43:08
    1
  • 04/06/2008 07:20:32
    4.5
  • 03/06/2008 13:10:30
    4.5
  • 06/03/2008 20:11:28
    2.4
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés