Samedi 6 juin 2009

17 janvier 1991, il faisait encore nuit, le téléphone se mit à sonner. John au bout du fil. Oui, John éveillé à huit heures du matin. Ce qu’on redoutait tous est arrivé. Les Américains venaient de déclencher l’opération Tempête du Désert. Sur tous les écrans du monde, des missiles zébraient le ciel de Bagdad. ça paraissait presque irréel, les images verdâtres apaisaient un peu l’horreur de ce qui se jouait sous nos yeux. La guerre en direct-live pour la première fois. J’étais captivé par les images made in CNN, j’appelais Jude et Michèle pour partager avec eux ces moments historiques. Pour un instant nous oubliions Gang Bang et notre nombril, partagés entre deux sentiments : d’un côté nous étions ravis du fait que Saddam allait en prendre plein la gueule, et de l’autre on pensait aux civils qui n’avaient rien demandé. J’ai passé trois jours quasiment non stop devant ma télé pour suivre le déroulement des opérations. Il apparaissait clair que les Américains et leurs alliés allaient remporter rapidement cette guerre. C’est alors que Cobi Jones m’a appelé. Il était tout excité et m’a quasiment ordonné de réunir tout le monde et de le retrouver le lendemain matin à la Bastille. Je n’ai même pas eu le temps de poser la moindre question qu’il avait déjà raccroché. Nous nous sommes pointés, Cobi Jones est arrivé comme une tornade dans un gros 4X4 noir et nous a littéralement kidnappés. Il se faufilait entre les voitures, grillait feu rouge sur feu rouge, j’ai cru que nous allions mourir vingt fois sur le trajet. Nous ne savions pas où il nous emmenait, il ne répondait à aucune de nos questions. Nous arrivâmes finalement à l’aéroport du Bourget. Par un mystère que je n’ai compris qu’une fois dans l’avion Jones arrêta son 4X4 uniquement sur la piste à proximité d’un avion. Ce n’est qu’à bord qu’il daigna nous expliquer la situation. Cobi Jones est un type très surprenant, et il faut s’attendre à tout avec ce type. Aujourd’hui nous le savons mais ce jour là nous avons appris la leçon. L’avion dans lequel s’était embarqué Gang Bang était affrété par l’armée américaine, et il nous emmenait en Arabie Saoudite. Nous allions donner un concert dans une base pour gonfler le moral des GI’s ! Imaginez notre surprise lorsque nous réalisions ce que nous étions en train de faire. Quelques jours avant nous étions babas devant le son et lumière organisé par Georges Bush père et son orchestre et maintenant nous allions près du front, nous les réformés. En route Cobi Jones nous présenta un peu plus le déroulement des opérations. Il était prévu de jouer dans trois bases alliées dont une française. C’était la condition sine qua non à une totale tranquillité de Gang Bang vis-à-vis des autorités françaises. Comment Jones s’était débrouillé pour nous envoyer là bas ? Elémentaire mon cher Watson. Par le biais de divers contacts et de dizaines de coups de téléphone il a réussi à convaincre un officier qu’il était possible à l’US Army de monter un super plan de communication. En organisant des concerts pour ses boys, l’armée montrait d’une part que le moral des troupes était au cœur des préoccupations de l’Etat Major, d’autre part que la situation était suffisamment sous contrôle pour qu’on puisse y organiser des manifestations de ce genre et tout ça bien sûr devant les caméras de CNN. Cette guerre du Golfe était aussi une guerre d’images.

A peine descendus de l’avion on nous pria d’enfiler des tenues camouflage à nos noms et nous fûmes directement conduits dans un lieu que j’ignore encore à ce jour. Il y avait un journaliste et un cameraman dans le cortège. Il m’interviewa et je balbutiai quelques mots à propos de notre présence ici en n’oubliant pas de mentionner notre soutien aux soldats. Les concerts furent très chaleureux et pour l’occasion nous testions pour la première fois les covers d’Elvis que nous avions préparé en vue d’une future tournée américaine. Évidement Hound Dog, Jailhouse Rock et That’s All Right (Mama)Kick Off dans les charts américains, notamment dans le prestigieux Hot 100 du magazine Billboard. Gang Bang grimpa jusqu’ à la 8ème place dominé à l’époque par les divas beugleuses Whitney Houston et Mariah Carey. reçurent un accueil triomphal de la part des GI’s. Nous avons aussi passé un peu de temps à discuter avec les boys. Le concept de donner sa vie pour son pays m’est totalement étranger j’en conviens, mais après avoir appris à les connaître un peu j’étais plein de respect pour ces types et ces femmes qui risquaient leur peau à des milliers de kilomètres de chez eux parce que leur pays avait besoin d’eux. Attention, le déserteur que j’étais n’est pas soudainement devenu militariste, non quand même pas, c’est juste que dans ces moments là tu te rends compte que ces pauvres types sont prêts à tout uniquement pour que toi tu puisses continuer longtemps à te foutre de leur gueule et à les faire passer pour des benêts juste capable de ramper dans la boue avec vingt kilos sur le dos. Nous étions arrivés au Moyen Orient morts de trouille, mais nous nous sommes vite sentis en sécurité au milieu de tous ces militaires. Nous restâmes là bas cinq jours, et une fois nos trois concerts donnés, nous rentrâmes à Paris. Deux jours plus tard nous embarquions dans un Concorde direction New York, puis un autre avion nous emmena à Los Angeles pour assurer le service après-vente du plan com. Larry King nous reçut car les images des concerts tournaient en boucle dans tous les flashes infos de la chaîne. Nous nous offrions un spot de pub gratuit d’une demi-heure sur la chaîne que tout le monde regardait depuis le début de la guerre. Et voilà comment Gang Bang est devenu populaire aux Etats Unis. Le soutien du peuple à son armée était sans faille et nous étions maintenant le groupe qui avait été donner un peu de bon temps à leurs soldats. La première conséquence de tout ça fut l’entrée de

ZZ Top tournait aux States en ce début d’année 1991 et les Black Crowes assuraient à l’époque la première partie. Mais en mars Chris Robinson, le chanteur des Black Crowes, fit une remarque sarcastique sur scène à propos du côté commercial de cette tournée qui déplut énormément à la compagnie Miller Beer, sponsor de la tournée des rockeurs barbus. La réaction fut immédiate et sans appel : les Black Crowes furent virés sur le champ. Tous les agents se sont rués sur le coup et fort de notre single classé n°8 au Billboard, Cobi Jones remporta le morceau. Gang Bang allait donc finir la tournée des ZZ Top pour les vingt et une dernières dates.

Par Chris Phénix - Publié dans : Chapitre 10 - Communauté : melting pot
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