Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /2009 14:23

  Mais revenons au boulot. John et Paul avait encore bien bossé. Même si je ne suis pas musicien, j’entends aussi bien que ceux qui achètent les disques et si à la base je ne me mêle pas du processus de création musicale, je donne quand même mon avis au final. Néanmoins il faut bien avouer que cela consiste uniquement en des petites retouches. D’ailleurs je n’ai jamais été crédité en aucune manière en temps que compositeur des chansons de Gang Bang. Elles ont toutes été signées Simpson/Barnes-Merson. Cette fois-ci Paul avait eu l’idée d’intégrer des parties de piano, jouées par Michelle bien sûr, notamment sur Red Bird, My Lollipop et bien évidemment la reprise de River de Joni Mitchell chantée par Michelle. Nous avons vraiment eu plaisir à nous retrouver juste tous les cinq chez Jude pour rejouer ensemble. Loin de la furie médiatique qui nous avait emportés à la fin de la tournée, sortis de la débauche permanente de l’été précédent, nous n’étions plus qu’un groupe d’amis qui faisaient de la musique.  Ces trois semaines nous ont vraiment fait du bien. Michelle nous maternait tous les quatre et du matin au soir nous n’avions qu’à penser à une chose : le deuxième album de Gang Bang. Onze chansons allaient figurer sur cet album, ce qui deviendra le format classique de toutes les productions Gang Bang Records. Pourquoi onze ? Encore et toujours une référence au foot.

    J’ai voulu que la première chanson soit You Won’t Fool Me Twice car c’est avec cette chanson que tout a redémarré. Ensuite, et c’est une première, il y avait une chanson acoustique, juste piano guitare sèche et batterie très légère, Red Bird. A la base c’est juste l’histoire d’un petit rouge-gorge que je voyais voleter dans les arbres au travers de cette grande baie vitrée. C’était le seul de cette couleur dans le coin et l’observer apaisait mes pensées. Ce qui est drôle c’est que pas mal de monde ont voulu voir une autre signification à cette chanson. Le refrain faisait I’m a red bird flying over the wood / I don’t have any friend in the neighborhood / I’m looking for a place to live / And a sweet girl with a lot of love to give”.  Au début lorsque je me faisais interviewer on me demandait si finalement je ne parlais pas de moi dans Red Bird. D’abord je répondais que ça parlait juste d’un oiseau, ce qui était la vérité. Puis quand je me suis aperçu qu’à chaque fois on me le demandait, j’allais dans le sens de ceux qui me posaient des questions. Finalement tout le monde a cru que je parlais de moi dans cette chanson, ce qui me valut pas mal de louanges. Ce qui est plus important finalement ce n’est pas la vérité mais ce que les gens ont envie d’entendre et de croire. Les guitares énervées reprenaient le pouvoir avec You’re Late I’m Gone, l’histoire d’un type qui en a marre d’attendre sa nana toujours en retard. Dans Alone In The Dark j’ai mixé un peu tout ce qui me passait par la tête lors de ma dépression. Cette chanson était un blues, quand on va mal forcément c’est le blues qu’on chante, pour John c’était une évidence et il a su déceler dans mes mots ce que j’ai pu ressentir. J’imagine aussi que dans la musique qu’il a composé pour ce titre il a mis beaucoup de ce qui lui aussi a pu traverser dans son histoire avec Sandrine Thouvenel. In The Wind est la chanson fleuve de cet album : plus de huit minutes, c’est un peu notre Free Bird (de Lynyrd Skynyrd) à nous. Là encore John et moi nous nous retrouvions sur ce thème. Être ailleurs, lui et moi voilà ce que nous voulions souvent. Fuir cette presse trash qui nous poursuivait, ne plus entendre ceux qui nous raillaient dans le meilleur des cas, qui nous crachaient à la gueule dans le pire parce que nous ne vivions pas dans les rails tracés par la normalité. Les braves gens n’aiment pas que…Nous n’étions que cinq jeunes mecs (oui Michelle je sais…) qui vivaient différemment car notre cadre de vie était différent. C’est tout. La face B s’ouvrait avec My Lollipop, véritable hymne rock à la gloire de la fellation. Sans transition comme ils disent à la télé on passait à A Few Things (About Me You Have To Know). Je ne vous fais pas un dessin, ici je parlais directement à Tommy. Je ne voulais pas toujours le voir mais j’avais très envie de communiquer avec lui. J’avais la chance grâce à Gang Bang de pouvoir entrer chez les gens sans les rencontrer. Dans cette chanson j’essaie de lui expliquer pourquoi tous ses petits camarades ont un papa et une maman mais pas lui. Bien sûr il était encore trop petit pour comprendre mais les chansons sont comme des hiéroglyphes gravés sur une colonne. Elles sont des bornes fixées dans le temps qu’on peut découvrir et redécouvrir bien des années après. Je savais très bien que Tommy n’entraverait rien pour le moment mais plus tard lorsqu’il se poserait des questions, les gamins se posent toujours des questions, peut être qu’il pourrait comprendre certaines choses. Je ne l’avais jamais voulu, je ne voulais pas le voir mais je ne pouvais pas faire comme s’il n’existait pas. Toujours ce dilemme qui m’habitait. Ensuite pour rester dans la bonne humeur, une chanson au tempo lent, ambiance suicidaire pour I Am Lonesome Tonight. Ça faisait « je suis tout seul ce soir, ma nana s’est tiré, mes potes ne sont pas là, oh je suis tout seul ce soir ». La chanson idéale pour se faire plaindre par les groupies qui paieraient pour venir nous consoler. Tellement facile…La suite logique bien sûr c’est Drive Me All Night, la groupie est là et met beaucoup d’énergie pour vous remonter le moral. John avait sorti de sa guitare un solo sur-vitaminé et agressif pour ce titre qui sera toujours un succès en live. Je ne compte plus les messages de fans m’indiquant qu’ils se sont envoyés en l’air sur Drive me all night. On enchaîne sur Big Mistake No Regret, encore un rock avec pour toile de fond une relation foirée. De la part d’un type qui vient de divorcer c’est étonnant non? Pour conclure cet album je laissais le soin à Michèle d’apporter une note d’émotion indispensable à la réussite commerciale, pardon artistique, d’un album avec sa cover de River de Joni Mitchell. Elle fit un tabac auprès des ados en plein chagrin d’amour, ce qui nous fait une cible marketing très importante reconnaissez-le. Il en restait plus qu’à trouver un titre à cet album. Après un rapide brainstorming nous optâmes pour un Still There qui se voulait arrogant. Oui nous étions toujours là malgré les affaires, malgré les scandales et malgré les Hotters ou autre groupe voulant nous mettre en dehors du circuit.

     Virgin attendit fin septembre 1989 pour sortir notre album et ils eurent bien raison. Tout l’été Gloria Estefan trôna au sommet des charts avec juste derrière elle les Hotters et leur Hotter than you. Par contre côté single Jive Bunny et son medley rockabilly Swing The Mood qui a fait danser toute l’Europe. Il fallait laisser passer l’orage pour ne pas se faire écraser par la concurrence. Les premiers chiffres de vente furent très bons, notre public nous avait donc suivis. Les radios diffusaient You Won’t Fool Me Twice en boucle mêmes si les critiques n’étaient pas forcément favorables à notre égard. Le cap toujours très difficile du deuxième album. En fait ce n’est pas tant musicalement que nous étions attaqués mais c’était ce que nous représentions : en gros des petits cons qui avaient inexplicablement du succès. Le choc des générations sans doute. Du coup plus on nous tapait dessus plus nous étions populaires auprès des ados et des mecs qui en avaient après les nanas. La guerre des sexes ça marchera toujours, d’autant plus que personne n’avait l’air de s’apercevoir que parmi nous justement il y avait une femme. Ceci dit quand il s’agissait de baver, au sens propre comme au sens figuré, sur les formes de Michèle on la voyait bien la touche féminine de Gang Bang. Les machos nous aimaient, aussi, car elle était sexy en diable avec ses tenues affriolantes, et les féministes ou autres catégories de gens bien-pensants nous détestaient et haïssaient Michelle parce qu’elle risquait la pneumonie à chaque concert ou sortie médiatique. Les deux camps nous insupportaient autant les uns que les autres. Les machos n’ont jamais compris que contrairement à leur théories rétrogrades finalement ce sont les femmes qui nous mènent par le bout du nez, et les autres n’ont jamais pu admettre que si Michèle vampait son monde et était devenu une icône rock sexy c’est parce qu’elle l’avait choisi. Jamais nous ne l’avons contrainte à quoi que ce soit et puis être aussi sexuelle c’était sa thérapie. En frustrant ainsi les hommes, parce qu’à ma connaissance jamais un seul n’aura réussi à coucher avec Michèle elle se vengeait de tout ce que son beau-père lui avait fait subir. Notre ligne de conduite a toujours été de faire profil bas et de ne pas faire de déclaration tapageuse à ce sujet. Ça faisait du buzz comme on dit aujourd’hui et ça ne pouvait que nous être favorable. Il est même arrivé qu’une bagarre éclatât en direct à la BBC au cours d’un débat sur le féminisme entre deux femmes qui visiblement n’avait pas la même opinion sur ce que représentait Michèle. Nous donnâmes quelques concerts en Angleterre avant de partir en tournée. Aucun d’entre eux n’était organisé à Londres, nous avions choisi des petites salles de province histoire de nous roder avant d’envahir l’Europe. A chaque fois ce fût la même histoire : manifestation de militants féministes, bataille rangée, dispersion de la police et public chauffé à blanc durant le concert. La ferveur du public nous donna le plein de confiance avant de partir en tournée. Mais quand tout va bien c’est louche.

Par Chris Phénix - Publié dans : Chapitre 9 - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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