C’est finalement à Londres qu’elle céda à mes avances. Nous avions pris l’avion ensemble depuis New York pour rejoindre l’Europe. Le tournage de Seconde Chance allait bientôt commencer et toute l’équipe du film, comédiens et techniciens, étaient conviés dans les bureaux de Gang Bang Records. Quand je dis les bureaux de Gang Bang Records, ça en jette mais en fait, nous louions quatre pièces pas très grandes dans un immeuble situé pas très loin de Picadilly Circus. Nous avions deux secrétaires et un comptable à plein temps qui travaillaient là bas et se partageaient deux bureaux. Nous avions aménagé pour y donner des interviews une sorte de petit salon cosy attenant à un bureau directorial où, en théorie, je dirigeais l’entreprise. Ayant passé le plus clair de mon temps aux Etats-Unis depuis la création de Gang Bang Records, mes apparitions dans les locaux étaient très épisodiques, à tel point qu’une couche de poussière d’un pouce au moins recouvrait mon bureau. Je défendais à quiconque d’y entrer en mon absence et à cet effet j’étais le seul à en avoir la clef. Gang Bang Records était une toute petite structure puisqu’elle n’avait vocation qu’à s’occuper des intérêts du groupe. Lorsque nous n’étions ni en tournée ou que notre actualité se bornait à illustrer les pages des magazines people, le personnel était réduit au strict minimum. Le reste du temps nous engagions des types au coup par coup pour quelques semaines ou le temps d’une tournée. Ce n’est qu’à partir de cette période, l’été 93, que notre petite entreprise s’est vraiment développée pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui. A savoir une multinationale présente dans une quarantaine de pays, produisant là des films, ici de la musique et possédant sa propre chaîne de télé, GB TV, émettant dans le monde entier.
Mais revenons à Moon. J’étais bien évidement tombé sous le charme de cette blonde qui portait en elle cette sorte de classe décadente qui n’existe que dans le monde du rock’n’roll. Sa beauté diabolique aurait converti au satanisme le plus endurci des puritains. Une fois de plus je tombais amoureux. Cela arrivait souvent mais durait peu en général car une groupie en chassait une autre. Lorsque je déclarai ma flemme à Moon elle se mit à rire. Je fus d’abord vexé comme un pou. Ensuite seulement elle m’expliqua que la pire des choses qui pouvait m’arriver était de tomber amoureux. Moon n’était pas le genre de fille à s’investir dans une relation de couple de quelque sorte que ce soit. Cette nana était la liberté incarnée, très imprévisible, à part si elle avait signé un contrat, il était impossible de planifier quoi que ce soit avec elle. Tu ne partais pas en vacances avec Moon, non elle te rejoignait sans prévenir. Tu n’invitais pas Moon à un dîner, c’est elle qui te disait où et quand, et tu avais intérêt à être à l’heure. Moon n’était pas dirigiste ou quoi que ce soit, elle ne voulait en aucun cas prendre le dessus sur qui que ce soit, c’est juste qu’elle vivait sa vie comme bon lui semblait. Moon m’avait convaincu qu’il valait mieux être son ami (et plus si affinités) qu’espérer être son mari, compagnon, concubin, amant, rayez la mention inutile. C’est comme ça que Moon est devenue mon amie. Une vraie. Au même titre que Jude, John, Paul et Michèle. Enfin presque je n’ai jamais couché avec un Gang Bang. Quoi qu’une fois bien bourré j’ai eu envie d’enculer Jude, mais, et c’est la seule fois où je l’ai vu frapper quelqu’un, il m’assomma à l’aide d’un tabouret de bar. Une fois le tournage terminé, Moon disparut tel Lucky Luke à la fin de chacune de ses aventures. Je ne la revis seulement que quelques mois plus tard, par surprise, et ce fut toujours ainsi avec elle. Moon débarquait désormais dans ma vie quatre ou cinq fois par an comme une comète passant et repassant régulièrement autour du Soleil. Pour le reste du temps, comme disait l’autre, le bonheur c’était simple comme un coup de fil.
Le film fut complètement terminé au printemps 1994. Il fallait maintenant le vendre aux distributeurs et pour ça rien de mieux qu’une projection à Cannes au Marché du Film. Ah Cannes ! La fête mondiale du cinéma où personne ne voit aucun film. Oui même ceux qui ont la chance de pouvoir assister à une projection puisque ces privilégiés profitent de l’obscurité pour roupiller un peu et récupérer de leurs folles nuits. Tout le monde se fout de savoir qui remporte la palme, l’important est : dans quelle fête va-t-on pouvoir rentrer ce soir ? Les grandes boîtes privées organisent des séminaires servant de prétextes au défoulement des cadres, le cinéma fait exactement la même chose. On loue tout Cannes pour quinze jours, on projette une vingtaine de films et c’est l’orgie ambiante pour tout ce que le monde compte de people en tous genres. J’avais donc mon carton d’invitation de plein droit pour ce raout cinématographique. J’ai monté les marches avec Michèle le soir de Pulp Fiction. Ça lui a fait très plaisir de vamper la croisette dans cette longue robe noire. Bon bien sur je n’ai pas vu le film, j’ai même été à deux doigts de me faire virer de la salle du Palais des Festivals tellement mes ronflements empêchaient mes voisins de dormir. Aujourd’hui il ne me reste que de souvenirs assez vagues de mes nombreux passages à Cannes. Sans doute parce que là bas le cacheton d’ecsta et le champagne remplacent le Doliprane et le verre d’eau pour soigner le mal de tête. Et j’ai eu très souvent mal à la tête en ce mois de mai 1994. Le film s’est très bien vendu, et devint un succès mondial dès l’automne. Gang Bang Records, Eddy Pope et moi-même nous nous fîmes des couilles en or.
Je crois sincèrement que c’est à ce moment là que j’ai vraiment dégoupillé. J’avais cette impression que quoi que je fasse cela serait forcément génial. Si mon nom ou ma tronche étaient sur un produit alors il s’en vendait des camions entiers. J’étais de toutes les soirées qui comptent, et je n’en repartais jamais seul, par décence pour certaines qui étaient maquées à l’époque, qui le sont encore aujourd’hui et qui ne s’en sont pas vanté depuis, je tairais le nom de chanteuses, actrices, artistes en tout genre, femmes politiques, magistrates que j‘ai pu culbuter à cette époque. Le succès de Seconde Chance remettait les albums de Gang Bang sur le devant de la scène ce qui m’enrichissait chaque jour un peu plus. Un de mes plaisirs favoris était de réveiller mon banquier à Zurich à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour lui demander le solde de mon compte. Il m’arrivait même de le faire pendant qu’une nana me montrait comment elle s’y prenait avec sa bouche. Rien ne m’excitait plus que le sexe débridé et le fait d’être pété de thunes. Mais à quoi bon avoir du pognon si on ne le dépense pas. Alors j’ai assouvi un rêve de gosse.
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